Interview de Darlton à TVGuide.com
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Ce qui suit est une interview de Darlton, c’est à dire l’entité composée de Damon Lindelof et Carlton Cuse ainsi nommée par les fans, accordée au site TVGuide.com. Le duo de co-créateur/scénaristes/producteurs exécutifs de Lost revient notamment sur la genèse de la série et la façon dont ils ont construit la mythologie. Notez que l’interview ne contient pas de spoiler, si ce n’est une légère indication sur la tendance que suivra la sixième et dernière saison de Lost.

TVGuide.com : Expliquez-nous comment chacun d’entre vous s’est retrouvé impliqué dans Lost.

Lindelof : J’ai reçu un appel d’une responsable d’ABC qui s’appelait Heather Kadin. C’était fin janvier. On lui avait confié la tâche d’essayer de faire réécrire un scénario qu’ils avaient développé, à propos d’un crash d’avion sur une île déserte, à J.J. Abrams< /a>. J.J. avait répondu qu’il n’avait pas le temps car il écrivait un autre pilote pour ABC au même moment, il dirigeait aussi Alias, et il essayait de faire décoller sa future carrière.

Comme j’étais admiratif de J.J. et de son travail, Heather a senti que c’était une vraie opportunité que de me placer dans une pièce avec lui, même si le projet n’était allé nulle part jusque là. J’ai saisit cette chance. J’ai rencontré J.J. un lundi après-midi, et on a finit par délirer là dessus pendant des heures. Cinq jours plus tard, nous avions les grandes lignes de Lost. Dix semaines après, le premier épisode de deux heures était terminé.

Cuse : J’avais créé et dirigé une série appelée Nash Bridges et j’avais engagé Damon en tant que scénariste pour cette série. Non seulement nous avions tissé une très bonne relation professionnelle, mais également une solide amitié. Après tout le processus autour du pilote, que Damon viens de décrire, J.J. est parti pour réaliser Mission Impossible 3 avec Tom Cruise. Damon et moi avons parlé de la série et j’étais en quelque sorte tombé amoureux de ce que J.J. et lui avaient fait dans le pilote, ainsi que de l’univers qu’ils avaient créé.

Il n’y avait que quelques personnes qui croyaient que cette histoire était adaptable en série, et c’était très libérateur pour moi. Damon et moi nous sommes assis ensemble devant un petit déjeuner chaque matin, ce que nous faisons d’ailleurs encore à ce jour. On a alors approché le sujet, sachant qu’on n’avait alors que douze épisodes [de commandé], en se disant "Comment allons-nous faire de ces douze épisodes, les meilleurs épisodes de télévision que nous aimerions voir nous-même ?" Nous nous sommes littéralement libéré de toutes les règles traditionnelles de la narration télévisuelle. Nous pensions que ça allait probablement sortir directement en DVD et que ça ressemblerait a Twin Peaks ou au Prisonnier.

TVGuide.com : Aviez-vous déjà pensé à la syndication alors que vous conceviez la série, car la mythologie est très présente ?

Lindelof : Je pense que jusqu’à ce que Desperate Housewives et Grey’s Anatomy n’arrivent en même temps [que Lost], le mot "feuilletonnant" était considéré comme un gros mot. Mais ces séries ont vraiment prouvé que vous pouviez créer un mouvement populaire autour d’elles parce qu’elles étaient feuilletonnantes. Grâce à Steve McPherson, le Président d’ABC [de l’époque], on s’est plus focalisé sur le succès au moment de la diffusion, plutôt que de penser à l’avance ce que les contrats avec la syndication pourraient être.

Heureusement pour nous, à ce moment là, le marché des DVD issus de la télévision explosait. Cela leur a compensé le fait que la série ne se syndiquerait pas bien. Mais si vous regardez la première saison de Lost, les gros éléments mythologiques n’étaient pas vraiment là. Il y avait de la caractérisation de personnages, de la romance, ce genre de chose. Mais dans la saison une, cela leur a pris huit épisodes pour construire un radeau ; Dans la saison cinq, ils ont sauté quatre fois à travers le temps dans un seul épisode. Je ne pense pas qu’on aurait pu faire cela dans la saison une, et nous ne le voulions d’ailleurs pas.

TVGuide.com : Comment répondez-vous aux critiques de ceux qui étaient passionnés par la série au début, puis qui se sont "perdu" tout au long du chemin ? Avez-vous déjà pensé : "Nous avons fait des choses trop compliquées. On doit simplifier" ?

Cuse : Pouvoir suivre une série qui, à terme, pourra faire jusqu’à 120 épisodes, c’est très compliqué. Si vous prenez un spectateur qui ne regarde par Harry Potter et que vous lui demandez de regarder le quatrième ou le cinquième film, je pense qu’il sera perdu vis à vis de ce qu’il s’y passe. Nous sentons que la saison cinq est le plus haut degré de difficulté. Nous espérons qu’un grand nombre de téléspectateurs qui ont quitté la série reviendrons pour la fin. On a essayé de créer la série avec une certaine circularité, et nous sentons que la saison six sera très proche de la saison une. Bien que vous allez avoir besoin de connaître les histoires passées pour suivre la saison six, elle sera [à nouveau] très axée sur les personnages.

TVGuide : A quel moment avez-vous décidé qu’il vous fallait définir une date de fin pour la série, et pourquoi ?

Lindelof : Notre première certitude pendant la saison une était que l’on ne pourrait pas étirer cette histoire pour toujours car c’est ce que ce l’histoire racontait [d’elle même]. Si elle commence par un avion qui s’écrase sur une île, l’histoire doit se terminer par les survivants quittant l’île, et pour nous, le processus visant a les retarder de quitter l’île devait avoir une fin.

Très tôt, au début de la saison deux, nous nous sommes lancé dans une série d’entretiens avec la chaîne dans lesquels nous leur expliquions que les flashbacks ne dureraient pas pour toujours. Car une fois que nous aurions répondu aux mystères importants comme ce qu’avait fait Kate, comment Locke avait atterri dans une chaise roulante, ou pourquoi Hurley s’était retrouvé en hôpital psychiatrique, cette phase de l’histoire serait terminée, et que nous devront alors passer à la phase suivante dont nous savions déjà qu’il s’agirait des flashforwards et l’histoire des 6 de l’Oceanic. Nous n’avons pas appuyé sur la détente avant d’avoir l’autorisation de nous diriger vers cette conclusion inévitable.

Nous avons toujours donné le meilleur pour en faire une grande série, mais lorsque vous en êtes au milieu de la saison 3 et que vous faites un épisode dans lequel Jack fait voler un cerf-volant en Thaïlande, alors la chaîne se dit enfin "Oh, alors c’est de ça dont vous nous avez parlé". Nous sommes donc tombé d’accord sur le nombre d’épisodes qu’il nous resterait et à ce moment là, nous avons su exactement combien de temps il nous restait pour arriver à destination.

TVGuide.com : Avez-vous toujours su ce que serait la fin de la série ? A-t-elle totalement changé ?

Cuse : "Toujours" est un mot très formel. Nous avons développé une mythologie, comme je vous l’ai dit, assez tôt, dans la saison une et entre la première et la deuxième saison. Et on se dirige exactement vers ce point final. Ce que je veux dire, c’est que ça n’a pas changé. Certains détails, sur comment la série va finir ont évolués au fil du temps, mais ça s’est surtout passé au niveau des personnages au moment où nous avons appris à les connaître et que nous avons vu comment ils interagissaient. Il y a donc une partie de la fin qui vit et respire encore, mais le point final actuel de la mythologie est resté le même depuis que nous avons commencé à développer la série.

TVGuide.com : Damon. Durant la grève des scénaristes, vous avez écrit un texte pour le New York Times dans lequel vous décriviez un deuil suite à la perte de la télévision. Je me demandais ce que vous pensiez deux ans plus tard.

Lindelof : Je pense que faire le deuil, suite à la perte de la télévision, était une approche très intelligente dans la construction de cet éditorial. Mais ce que je ressentait vraiment était un niveau considérable d’excitation au sujet de la façon dont la télévision était regardée. Le fait est que les gens regardent encore beaucoup ce que nous appelons "la télévision", excepté mon beau-frère qui va à l’université et dont aucun de ses collègues d’internat n’a de télévision, ils ont des ordinateurs portables. Ils ne regardent pas la télévision à 21 heures le mercredi soir, ils la regardent sur Hulu, ABC.com ou le lecteur de Comedy Central. Pouvez-vous donc encore appeler cela "télévision" ? Ils ne disent pas "Je vais dans ma chambre pour regarder mon ordinateur."

Faire le deuil de la télévision, c’est l’idée de faire le deuil d’un mode de diffusion traditionnel, mais le fait est que le contenu est tellement omniprésent, que n’importe qui dans le monde peut le regarder. Et c’est très excitant si vous êtes auteur. Deux ans plus tard, ce qui est vraiment bien, c’est que toutes les choses pour lesquelles nous nous sommes mis en grève [et celles que nous avons dites] et qui devaient arriver sont en train d’arriver. Et dans deux ans à partir d’aujourd’hui, ça sera encore plus marqué.

TVGuide.com : Quelles séries télévisées ou personnages du monde du divertissement vous inspirent le plus dans votre travail ?

Cuse : Pour nous, il s’agit de héros littéraires. C.S. Lewisk, Stephen King, Kurt Vonnegut ou même la Bible ont été de réelles sources d’inspiration.

Lindelof : Je pense qu’il y a aussi un certain nombre de scénaristes de télévision, de David Kelly à David Milch ou David Simon ; Ce gars a complètement changé la manière d’écrire à la télévision, les histoires centrées sur les personnages. Carlton et moi sommes allé à une conférence au ComicCon de cette année dans laquelle intervenaient Peter Jackson et James Cameron, et l’une des choses qui m’a beaucoup frappé, à titre personnel, était que là, il y avait deux gars qui venaient de dédier six ou sept ans de leur vie à une seule chose. Peter Jackson l’a fait avec la trilogie du Seigneur des Anneaux ; Cameron le fait à chaque fois qu’il réalise un film.

Donc l’idée que "nous avons été inspiré par", vous savez, c’est bien au delà de ça. Nous étions là au début de Lost, nous allons écrire le dernier épisode. Il y a eut beaucoup de moments pendant lesquels nous avons eut des offres très tentantes pour partir et faire d’autres choses, ou de quitter la série et la laisser dans les mains d’autres personnes. Mais cette idée, que nous avions dédié cette partie de notre vie à cette série, c’est quelque chose qui a été inspirée par des gars comme eux.

 
 
Source / Lien connexe : TVGuide.com
Article posté (créé/ou traduit) par cyb , le 8 décembre 2009.

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